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 Africa Addio - 1966 & Addio Zio Tom - 1971

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foxybronx
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PostSubject: Africa Addio - 1966 & Addio Zio Tom - 1971   9/7/2008, 18:17



Pour tous ceux qui n'ont pu se payer le luxe de visionner il y a quelques années le coffret 8 DVD, THE MONDO CANE COLLECTION, vendu il faut bien l'avouer, un prix assez exhorbitant, Blue Underground vient de rééditer sous forme de trois mini-coffrets Shockumentary, l'ensemble du pack dédié à la quasi-intégralité (il manque juste MONDO CANDIDO) de l'oeuvre sulfureuse du duo GUALTIERO JACOPETTI et FRANCO PROSPERI.
On ne s'étalera volontairement pas ici sur les célèbres MONDO CANE, ancêtres gentillets de la série sentionnaliste malsaine FACE A LA MORT, car il faut bien reconnaître que ces documentaires pseudo-ethnographiques à succès du début des sixties, ont assez mal supporté les outrages du temps. Deux autres titres de la collection méritent en revanche que l'on s'attarde d'avantage sur leurs contenus, souvent jugés politiquement très incorrects...
AFRICA BLOOD & GUTS, version américaine tronquée (mais présentant des scènes inédites) d'AFRICA ADDIO (1966), n'est qu'un prétexte à aligner sur un ton emphatique très gratuit, les pires scènes d'horreur extirpées du director's cut du film, et remontées sur un ton très cinéma d'exploitation. Il va donc sans dire que la version italienne originale du film, plus politisée dans sa narration, est donc à privilégier ici, si tant est que vous souhaitiez vous risquez dans une plongée au plus profond du sordide...
Si il est un talent, qu'il faut bien reconnaître à JACOPETTI & PROSPERI, c'est bien celui de faiseur d'images, on se laisse ainsi très vite hypnotiser par toute la beautée et la sauvagerie de la photographie splendide qui baigne les 139 minutes de cette odyssée dévoilant une Afrique en pleine mutation. Avec AFRICA ADDIO, ce n'est donc pas tant sur la forme, mais plutôt sur le fond qu'il y aura matière à débat...
On peut en effet se demander de prime abord ce qui a poussé ces deux réalisateurs, véritables descendants de nos chers COOPER & SCHOEDSACK, à se lancer dans une aventure aussi risquée. Les deux hommes ayant échappés de peu à la mort au cours du tournage, on ne peut leur nier une certaine dose de courage, pour ne pas dire une sacré part d'inconscience, à la connaissance des risques encourus sur le terrain.
L'intention de départ de nos deux aventuriers était louable, quoiqu'un peu naïve, mais était-il besoin d'accoucher d'une pareille oeuvre pour arriver à démontrer que dans un domaine où la folie meurtrière des hommes n'a d'égale que leur cupidité, la réalité dépasse de très loin la fiction ?
Au vue de telles images, AFRICA ADDIO déconcerte, c'est le moins que l'on puisse dire, les pires scènes de boucherie ne nous étant pas épargnées sur une durée de deux heures, on pourra se demander où s'arrête le travail de journaliste, et où commence le sensationalisme ? Sans faire du révisionnisme, faut-il pour autant accepter tout ce que l'on nous jette en pâture, comme un témoignage historique, alors qu'une partie de ce qui est filmé ici semble clairement bénéficier d'une certaine mise en scène : un peu comme quand COPPOLA nous balance du Wagner sur des scènes de bombardements au napalm, pour nous donner à réfléchir sur notre statut voyeuriste, face aux pires absurdités de l'humanité.
Au prix d'un travail d'investigation sur le terrain que l'on imagine des plus acharnés, notre duo de cinéastes se trouve toujours aux avant-postes, pour capturer les pires carnages animaliers, montrer en gros plans les génocides humains et autres exécutions sommaires (l'une de ces exécutions, qui semble avoir été préparée dans le but d'être filmée, prête aisément à la controverse...), avec au bout du compte un certain goût pour la surenchère dans la violence carnassière, tempéré par de trop rares moments d'accalmies où la terreur à l'écran cède la place à un humour satyrique cynique des plus percutant (la scène de distribution de sous vêtements avec la découverte d'un nouveau féminisme à l'africaine, la scène du safari photo avec les vieilles anglaises filmant dans son intimité le lion, roi des animaux déchu...).
Pour conclure, on dira que ce qui nous gêne le plus dans AFRICA ADDIO, ce n'est pas tant ce qui nous est montré à l'écran, mais plutôt le message universaliste très simpliste qui en découle par derrière, avec cette morale horripilante qui s'attache à essayer de prouver que les blancs et les noirs sont à parts égales, autant responsables des pires horreurs... Il y a ici des allusions forts déplaisantes du narrateur sur la mort du colonialisme, derrière lequel on sent bien pointer un certain regret pour l'Afrique de grand papa... On est dans les années 60 certes, et il faut donc savoir replacer le film dans son contexte politique, mais tout de même, rarement un reportage n'aura dévoilé une idéologie aussi raciste, tout en essayant de nous faire croire avec un ton faussement paternaliste que ça n'est pas le cas...
C'est certainement pour répondre à toutes ces critiques, que PROSPERI et JACOPETTI se sont lancés dans le tournage d'ADDIO ZIO TOM (1971), qui possède lui aussi d'incroyables qualités plastiques, et une mise en scène "felliniesque" des plus hallucinantes.
Cette dénonciation de l'esclavage, filmée en Haïti, propose dans sa version anglaise un montage très différent du director's cut d'origine, s'appuyant plus à nous offrir une relecture (très personnelle) du despotisme dans les états du vieux sud, mais si les deux versions proposent chacunes leurs lots de scènes inédites, on s'interessera une fois encore plus à l'oeuvre italienne, plus délirante dans sa forme, et volontairement montée comme un gros produit d'exploitation. Exploitation, oui le mot est encore laché, car là aussi FRANCO PROSPERI et GUALTIERO JACOPETTI échouent à nous montrer une image digne et crédible d'un sujet hautement sensible, qui tient donc plus ici de l'univers des plantations sexploitation trash de MANDIGO que du témoignage plus consensuel façon ROOTS (RACINES) d'Alex Haley.
On se demandera d'ailleurs comment tous ces figurants noirs exhibés à l'écran comme des hordes bestiales, serviles et décérébrées, ont pu se laisser filmer dans des situations aussi dégradantes. Un tel long métrage n'aurait jamais pu être tourné aux Etats Unis, et on imagine donc bien ici comment les réalisateurs ont pu bénéficier de toute la bienveillance du régime du dictateur haïtien Duvalier, bien trop content de pouvoir porter un coup de propagande envers son ennemi impérialiste américain.
ADDIO ZIO TOM qui s'annonce au départ comme un documentaire fiction particulièrement détaillé sur les horreurs coloniales du vieux sud, sombre ainsi très vite dans un cinéma bis des plus décalé, incluant nombre de scènes de bacchanales, où viennent s'entrechoquer les fanfaronneries d'un nain grimaçant, gardien d'un harem de nubiles à la peau ébène, et les vendettas urbaines sanglantes d'une escadre de militants black power, maniant la hache dans un Miami seventies encore très sectaire.
Faut-il vraiment le signaler, la photographie est une fois de plus somptueuse, les cadrages totalement délirants et très inventifs, et le gros soundtrack de RIZ ORTOLANI, obsédant et infectieux, fait lui aussi bien des merveilles... Ainsi, voici donc là encore un film qui, à défaut de remplir ses promesses militantes initiales, ravira assurément les adeptes d'un cinéma déjanté et provocateur.
Réservé à un public très averti, ces deux oeuvres très particulières sont à ne pas mettre entre toutes les mains, vous l'aurez bien compris, après les avoir visionnées avec le recul et toute la réflexion nécessaire qui s'impose...





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